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ISOC-GVA Home : Dossiers : Education: Suite à la conférence du 24-11-99

L'Internet Society Geneva invitait mercredi 24 novembre dernier au Club Suisse de la Presse à Genève trois orateurs à parler des enjeux liés à l'Internet dans l'éducation. Vu la richesse des thèmes soulevés, nous n'avons pour l'instant retenu qu'un aperçu de l'exposé de M. Francis Moret et du débat qui a suivi. Nous vous présenterons prochainement l'exposé de M. Marino Ostini.

Internet à l'école en Suisse

Après Bill Gates, Pipilotti et Hayek, place au réalisme

Il ne suffit pas de recevoir des PC d'occasion, fût-ce des mains de Bill Gates, pour que tous les enseignants et élèves de Suisse intègrent du jour au lendemain l'usage d'Internet comme outil d'éducation. Invité par l'Internet Society de Genève à dresser le bilan de l'action " Netd@ys99 " en Suisse, M. Francis Moret, directeur du CTIE, a brossé un tableau contrasté des résultats obtenus par la Suisse en la matière.

On se regarde en chiens de faïence

D'un côté, des pionniers sur le terrain qui piaffent d'impatience, qui ont déjà de nombreuses " success-stories " à leur actif, avec en première ligne des enseignants sensibilisés de longue date à l'Internet. Ils viennent de publier un Manifeste (voir 1er encadré) demandant des investissements accrus de la part des pouvoirs publics à l'échelle nationale, et ce, tant sur le plan de la formation des enseignants que pour ce qui est de celle des élèves.

Coûteux à court terme, payant à long terme

De l'autre, des décideurs, dont les acteurs-clés sont la conseillère d'Etat genevoise Martine Brunschwig-Graf et le conseiller fédéral Pascal Couchepin, échaudés et hésitants, qui se heurtent aux obstacles du cantonalisme et du manque d'intérêt de leur électorat pour une offensive de formation aux nouvelles technologies (TIC) qui s'avère coûteuse, du moins pour ce qui est des premiers investissements de base à court terme. Des investissements dont les retombées à long terme doivent être mieux vendues à la population.

A leur décharge, ce qu'on peut appeler la contagion du syndrôme " Expo. 01 " : en 1998, Hayek l'incontournable et Pipilotti Rist faisaient en effet partie du comité de réflexion fédéral sur les TIC. Depuis lors, après les grands principes (février 1998 : Stratégie du Conseil fédéral sur les TIC : www.isps.ch),le gouvernement publie son Plan d'action sur les TIC en avril 1999, puis viennent les élections fédérales de cet automne qui assombrissent considérablement le climat politique

Recours au secteur privé : la grande illusion

1er encadré :

Le Manifeste des enseignants

L'Association des enseignantes et enseignants de Suisse alémanique et le Syndicat des enseignantes et enseignants de Suisse romande demandent aux cantons et à la Confédération:

que toutes les écoles publiques de l'école obligatoire (primaire, secondaire I et II) puissent être connectées à l'Internet ;

que les moyens nécessaires à la formation de base des enseignants soient mis à disposition, avec un concept pédagogique adéquat intégrant intelligemment l'utilisation des TIC dans l'enseignement ;

que chaque élève dispose d'au moins une heure par semaine par accéder individuellement au Net ;

que chaque école prévoie un minimum de 8 ordinateurs par élève afin que tous aient accès aux machines ;

que l'on crée un serveur scolaire sur l'Internet pour la Suisse entière, pour tous les degrés d'enseignement.

Selon les calculs des signataires du Manifeste, le développement des TIC à l'école engendrerait des coûts d'exploitation annuels supplémentaires équivalant à 1% de la totalité du budget annuel de l'instruction en Suisse (22 milliards de francs pour 7 millions d'habitants), alors que les premiers investissements de base s'élèveraient à 2,5 % de ce même budget.

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2ème encadré :

Tony Blair prend le taureau par les cornes

Un conseiller fédéral Internaute et qui le fait publiquement savoir en montrant l'exemple ? Nous n'avons pas encore vu cela en Suisse.

En Angleterre, en revanche, c'est le Premier Ministre qui lance le projet. Résultat : pour un pays de 52 millions d'habitants Tony Blair a débloqué 2,4 milliards de francs suisses sur 4 ans, soit 600 millions de francs par an. A noter que sur ces 600 millions, 150 millions sont alloués à la formation de base des enseignants.

Pour rester dans des proportions analogues, soyons nettement plus modestes que les auteurs du Manifeste des enseignants suisses : il suffirait de consacrer aux TIC 50 centimes par habitant et par an. Alors qu'il en va de l'avenir des nouvelles générations, serait-ce vraiment trop demander ?

Pendant ce temps, l'écart se creuse entre la Suisse et d'autres pays européens où l'Internet comme objectif éducatif est déjà devenu un enjeu électoral. Dès lors qu'en Europe, le secteur privé n'a aucun intérêt à investir " à fonds perdus " dans l'éducation, compte tenu de l'ampleur des montants à engager, c'est logiquement aux leaders politiques de montrer l'exemple, en Suisse comme en Angleterre (voir 2ème encadré).

Des progrès en Suisse

Il y a pourtant des progrès en Suisse : ainsi, pour la première fois cette année, notre pays a participé officiellement aux " Net Days99 ", relève M. Moret. Nés en Californie, les Netdays ont pour but non seulement de former enseignants et élèves au Net, mais aussi d'équiper concrètement les écoles américaines en ordinateurs,en collaboration avec le secteur privé. En Suisse, le but est plus modeste : à l'image d'un projet Netdays99 intitulé " premiers pas ", il s'agit de sensibiliser parents et enfants à l'utilité du web et de mettre en évidence les bons exemples à suivre (voir la liste des 56 projets réalisés dans ce cadre sous www.netdays99.ch) .

LE site suisse de l'éducation

A l'actif de la Suisse, nous disposons enfin DU site web national des écoles suisses (http://www.educa.ch/). Au niveau de la base, on dénombre 56 projets différents mis en oeuvre dans les écoles, qui n'ont malheureusement pas toujours eu l'écho médiatique nécessaire du fait de leur structure " éclatée " dans les différents cantons.

Utile pour l'orientation professionnelle

Sous l'angle de l'orientation professionnelle, qui préoccupe parents, politiciens et enseignants - chômage oblige - l'utilité du Net est peut-être plus aisée à démontrer que dans le domaine de l'éducation des élèves. Un simple coup d'oeil au site http://www.orientation.ch/ vous en convaincra.

Mais ces progrès sont encore insuffisants, et doivent passer à la vitesse supérieure, à savoir à l'échelle fédérale. Comme le souligne M. Moret, " les pouvoirs publics sont actuellement dans une période-charnière, durant laquelle devront être prises des décisions financières certes difficiles, mais qui engagent notre avenir ".

Dans la mesure où l'on assiste actuellement, avec la hausse du taux de pénétration d'Internet dans la population (25 % actuellement), à la montée en puissance d'un groupe de pression réaliste en faveur des TIC à l'école, apte à faire son auto-critique en se gardant des excès d'une certaine propagande, gageons qu'avec un tel coup de pouce,les revendications du Manifeste des enseignants devraient trouver bientôt une oreille plus attentive auprès de notre gouvernement. Et cela pourrait même se produire avant les élections fédérales de 2003.

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Pierre-André Rion